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ÉDITO 12


La première chose que nous ayons entendue en ce début d’après-midi ensoleillé, fut le crissement des freins, par deux fois, espacé par l’emballement d’un moteur. Pour deux d’entre nous, la scène était lointaine, dans la rue en contrebas. Pour une autre, elle était là, sur cette jolie place 19e, typique de Marseille, ornée d’un voluptueux ramage lorsque les arbres verdissent. Notre désaccord s’arrêta net en jetant un coup d’œil par une porte-fenêtre donnant sur le balcon. En bas, une vingtaine de personnes, rassemblées dans un même élan, couraient sur la chaussée vers une voiture blanche couchée sur le flanc. Une course de quelques mètres, une vague, un seul mouvement finissant par buter sur un constat : l’accident. Le moment où, finalement, on tient peut-être compte de la réalité, la sienne autant que celle de l’autre. Question d’enjeu : à la vie, à la mort.
L’empressement de chacun à aller voir témoignait d’un puissant réflexe de survie, la manifestation d’une lutte contre l’inéluctable -quand la vie de l’autre vaut la vôtre- une précipitation aussitôt éreintée par une tonne de tôle. Impossible d’extraire le conducteur. Cette masse nous signifiait notre impuissance. Par la force des choses, nous allions devenir spectateurs. Dans la fébrilité, l’élan premier se disloquait alors que le public prenait forme. Instantanément, notre nouveau parterre se mit à égrener son chapelet de commentaires, de suppositions, de colères, d’acquiescements, de dépit, d’acceptation et de condamnation. Nous produisions du sens.
L’accident, toujours si singulier, venait de nous rappeler au bon ordre du hasard. Entre temps, les secours extirpaient l’homme de sa cage de métal, de verre et de plastique. Deux beaux camions de désincarcération à faire rêver les petits garçons. L’homme était vivant. Il a encore fallu sabler le sol pour recouvrir l’huile abondamment répandue et les pompiers sont repartis.
Franchement, à se coltiner le non-sens du quotidien, pourquoi ne pas aller à la plage ou organiser un festival, expérimental de surcroît ? Très librement.

Nous tenons à saluer de tout cœur la mémoire d’un grand monsieur, Marcel Mazé -photographe, réalisateur, acteur et co-fondateur du Collectif Jeune Cinéma- disparu cette année. Ce fut épatant de l’avoir connu.

H.B.



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